
Se comparer sans cesse au travail : un frein à l'épanouissement

Carmen Rodriguez Palomero
Psychologue du Travail · Anglet
Quand les autres semblent toujours avoir une longueur d'avance
La réunion se termine, et une pensée s'installe : « Elle présente avec tant d'aisance… Moi, je n'aurais jamais osé. » Le soir, vous repassez la journée en boucle, en mettant en balance vos faux pas et les réussites des autres.
Si cela vous parle, sachez que vous n'êtes pas seul dans ce cas. La comparaison sociale est un mécanisme très répandu, que la psychologie étudie depuis longtemps. Nous avons naturellement tendance à nous situer par rapport à notre entourage, et le monde du travail s'y prête particulièrement : évaluations, promotions, objectifs chiffrés, profils professionnels en ligne.
Quand la comparaison devient pesante
Se comparer peut parfois être stimulant. Mais certaines personnes constatent que cela se transforme en mesure permanente de leur propre valeur. Voici ce que nous entendons régulièrement au cabinet :
- « Les autres sont naturellement plus compétents que moi. »
- « Je ne savoure jamais mes réussites, je pense déjà à ce qui manque. »
- « Je n'ose plus proposer d'idées, quelqu'un d'autre le fera mieux. »
- « Quand un collègue est promu, je remets tout en question. »
Ces pensées peuvent s'accompagner de fatigue, d'une perte de plaisir au travail ou d'une hésitation à prendre la parole.
Le lien avec la confiance en soi
Confiance en soi et comparaison semblent s'entretenir mutuellement. Lorsque la confiance est fragile, on a tendance à chercher chez les autres une preuve de sa propre valeur. Et se comparer sans cesse peut, en retour, nourrir le doute.
Il est aussi fréquent de comparer ses coulisses (vos hésitations, vos brouillons, vos soirées de rattrapage) à la vitrine des autres (leurs résultats visibles). Cette comparaison est rarement équitable, car vous ne voyez de vos collègues que ce qu'ils montrent.
Un exercice pour prendre du recul en 5 minutes
Rien ne remplace un accompagnement lorsque la comparaison est devenue constante. Mais certaines personnes trouvent utile de s'exercer à observer leurs pensées plutôt que de les subir. Voici une proposition à essayer dès aujourd'hui.
Le carnet des trois colonnes
Prenez une feuille ou un carnet, un stylo, et installez-vous au calme, assis, les pieds posés au sol.
- Respirez d'abord (1 minute). Inspirez par le nez pendant 4 secondes, expirez lentement par la bouche pendant 6 secondes. Répétez 5 fois, en relâchant les épaules à chaque expiration.
- Tracez trois colonnes. Intitulez-les : « Ce que j'ai comparé », « Ce que je ne vois pas de l'autre », « Ce que j'ai fait cette semaine ».
- Remplissez la première colonne (1 minute). Notez la situation précise, par exemple : « Marc a mené la réunion sans notes. »
- Remplissez la deuxième (1 minute). Écrivez ce que vous ignorez : sa préparation, ses doutes, le temps qu'il a investi, son parcours.
- Remplissez la troisième (2 minutes). Listez trois actions concrètes que vous avez menées, même modestes : un dossier bouclé, un coup de main à un collègue, une question posée.
Relisez ensuite l'ensemble à voix basse, sans chercher à vous convaincre de quoi que ce soit.
Quelques repères complémentaires
- Repérez à quels moments la comparaison se déclenche (réunion, messagerie, réseaux professionnels).
- Remarquez ce que vous ressentez dans le corps : gorge serrée, ventre noué, tension dans la nuque.
- Choisissez une référence personnelle : « Qu'ai-je appris ce mois-ci par rapport au mois dernier ? »
Se mesurer à soi-même d'une période à l'autre offre souvent un repère plus juste que se mesurer à un collègue dont on ne connaît qu'une partie de l'histoire.
Cet exercice n'a pas vocation à effacer le doute. Il peut simplement contribuer à créer un petit espace entre la pensée et la réaction qui la suit.
Quand consulter ?
Il peut être utile de franchir la porte d'un cabinet lorsque vous reconnaissez plusieurs de ces situations :
- Vous vous comparez à vos collègues presque chaque jour, et cela occupe vos pensées bien après le travail.
- Vous évitez de prendre la parole, de postuler ou de proposer vos idées par crainte de ne pas être à la hauteur.
- Vos réussites vous paraissent toujours dues à la chance ou à des circonstances.
- Le dimanche soir ou le matin avant de partir travailler, une boule au ventre s'installe.
- Vous avez essayé de vous raisonner seul, sans que cela ne s'apaise durablement.
À Anglet, nous vous accueillons en tant que psychologue du travail pour explorer ce qui se joue pour vous, dans votre situation professionnelle précise : votre histoire, votre environnement, vos attentes. Nous avançons à votre rythme, sans jugement et sans vous brusquer.
Demander un accompagnement n'est pas un aveu de faiblesse. C'est souvent la manière de se donner un espace de parole, de compréhension et de recul, que l'on ne trouve pas toujours auprès de ses proches ou de ses collègues.
Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, il est recommandé d'en parler avec un professionnel qualifié.


