
Dire oui quand vous pensez non : comprendre ce réflexe au travail

Carmen Rodriguez Palomero
Psychologue du Travail · Anglet
Ce « oui » qui sort avant que vous ayez réfléchi
Un collègue vous glisse : « Tu peux t'occuper de ce dossier ? » Le « oui, bien sûr » est sorti avant même que vous ayez regardé votre agenda. Quelques minutes plus tard, une boule se forme dans l'estomac : vous savez déjà que le temps va manquer.
Cette scène est très courante. Elle ne dit rien de vos compétences et ne signifie pas que quelque chose cloche chez vous. Elle décrit plutôt un réflexe que beaucoup de personnes développent au travail.
Ce que vous pouvez reconnaître
- Vous acceptez une tâche, puis vous la ruminez le soir.
- Vous vous justifiez longuement quand vous hésitez à refuser.
- Vous restez plus tard pour « rattraper » ce que vous avez accepté.
- Vous craignez qu'un refus soit pris pour un manque d'implication.
- Le week-end, vos pensées retournent vers le bureau.
Ce qui peut se jouer derrière
En tant que psychologue du travail, nous observons plusieurs ressorts qui, souvent, s'entremêlent :
- La peur du conflit : refuser semble risquer une tension, un silence gêné, un regard désapprobateur.
- La peur du rejet : dire oui peut sembler le moyen de rester apprécié ou indispensable.
- Une confiance en soi fragile : quand sa valeur paraît dépendre de ce que l'on apporte aux autres, dire non peut donner l'impression de la mettre en jeu.
- Le contexte : une charge élevée, une hiérarchie peu disponible ou une culture où « on ne dit pas non » peuvent renforcer le réflexe.
Dire non à une demande n'est pas dire non à la personne.
Il n'existe pas une seule explication, et chaque histoire est singulière. Ce que nous constatons, c'est qu'accumuler des oui contraints peut contribuer, avec le temps, à une fatigue durable et à l'impression de ne plus maîtriser son emploi du temps.
Un exercice : la pause de 60 secondes avant de répondre
Le réflexe du oui est rapide. L'idée n'est pas de le supprimer, mais de creuser un petit espace entre la demande et votre réponse. Certaines personnes trouvent que ce court temps d'arrêt les aide à choisir plutôt qu'à subir.
Pas à pas
- Gagnez quelques instants (5 secondes). Dites une phrase neutre : « Je regarde mon planning et je vous réponds d'ici ce soir. » Ou, si la demande est orale et immédiate : « Laissez-moi une minute. »
- Respirez (30 secondes). Asseyez-vous ou restez debout, les pieds bien posés au sol. Inspirez par le nez en comptant 4 secondes, expirez lentement par la bouche en comptant 6 secondes. Répétez 3 fois.
- Posez-vous trois questions (20 secondes).
- Que ressens-je dans mon corps à cette idée (gorge, ventre, épaules) ?
- Qu'ai-je déjà au programme cette semaine ?
- Que crains-je exactement qu'il se passe si je réponds non ?
- Choisissez parmi trois réponses (5 secondes). Un oui franc, un non poli, ou un oui sous condition.
Quelques formulations pour s'entraîner
- « Je ne peux pas le prendre en charge cette semaine. »
- « Je peux le faire pour jeudi, pas avant. Cela vous convient ? »
- « Si je prends ceci, quelle autre tâche puis-je décaler ? »
Observer sans se juger
Pendant une semaine, notez dans un carnet chaque situation où vous avez dit oui malgré vous : la demande, ce que vous ressentiez, ce que vous craigniez. Il ne s'agit pas de vous évaluer, mais de repérer ce qui revient : une personne, un moment de la journée, un type de demande.
Cet exercice n'a rien de magique et peut sembler inconfortable au début. Si la peur du refus reste très forte, c'est une bonne raison d'en parler avec un professionnel.
Quand consulter ?
Vous reconnaissez peut-être ces situations : vous dites oui puis vous en voulez à tout le monde, y compris à vous-même. Vous anticipez chaque échange avec la crainte de décevoir. Vos soirées et vos nuits sont envahies par des tâches que vous n'avez pas vraiment choisies.
Il peut être utile de consulter lorsque :
- ce réflexe revient dans la plupart de vos relations professionnelles, voire personnelles ;
- vous ressentez une fatigue qui ne s'améliore plus avec le repos ;
- la peur du conflit ou du rejet vous empêche de poser des limites, même quand vous le souhaitez vraiment ;
- vous songez à quitter votre poste sans savoir si c'est le poste ou la difficulté à dire non qui pèse.
Au cabinet, à Anglet, nous vous accueillons à votre rythme, sans jugement. Nous prenons le temps de comprendre votre situation de travail et ce qui s'y joue pour vous. Nous explorons ensemble des façons de retrouver de l'espace, sans vous brusquer et sans rien promettre d'avance.
Si une fatigue importante ou un mal-être durable s'installent, il est également recommandé d'en parler à votre médecin.


