
Perte d'identité après un licenciement : comment se reconstruire ?

Carmen Rodriguez Palomero
Psychologue du Travail · Anglet
Quand le poste disparaît, qui reste-t-il ?
Vous vous présentez, et la phrase qui venait toute seule ne vient plus. « Je suis responsable de… », « je travaille chez… » : elle reste en suspens. Après un licenciement, de nombreuses personnes décrivent ce moment étrange où le vide ne concerne pas seulement l'emploi du temps, mais l'idée que l'on a de soi.
Ce que certaines personnes décrivent
Les ressentis varient beaucoup d'une personne à l'autre. Voici ce que nous entendons le plus souvent en cabinet :
- Une gêne ou une honte à annoncer la nouvelle, même à des proches bienveillants.
- Le sentiment de ne plus être « utile » ou de ne plus avoir de place.
- Des pensées qui tournent en boucle : « Qu'ai-je fait ? », « Qu'est-ce que je vaux sans ce poste ? ».
- Une perte de repères dans les journées, avec parfois une difficulté à se projeter.
- L'impression de ne plus se reconnaître, y compris dans ses goûts ou ses envies.
Pourquoi le travail pèse autant dans l'image de soi
Le travail apporte souvent bien plus qu'un salaire : un rythme, des relations, de la reconnaissance, un rôle. Quand ce rôle occupe une grande place dans la manière de se définir, son interruption brutale peut être vécue comme une remise en question de soi tout entier. C'est ce que l'on observe fréquemment en psychologie du travail.
Ce que vous ressentez n'est pas un manque de force ou de volonté. C'est une réaction humaine à un changement important, qui touche à la fois la situation matérielle, les liens sociaux et le sens que l'on donne à son parcours.
Vous n'êtes pas votre poste. Mais il peut falloir du temps, et parfois de l'aide, pour le ressentir vraiment.
Retrouver des repères : un exercice et quelques pistes
Il n'existe pas de chemin unique ni de calendrier à respecter. Certaines personnes trouvent toutefois utile de commencer par des gestes simples, qui remettent en lumière ce qui les constitue en dehors de leur fonction.
Exercice : les trois colonnes (10 minutes)
Prenez une feuille, un stylo, et installez-vous au calme, assis, les deux pieds posés au sol.
- Tracez trois colonnes et intitulez-les : « Ce que je sais faire », « Ce qui compte pour moi », « Ceux qui me connaissent ».
- Réglez un minuteur sur 3 minutes et remplissez la première colonne, sans filtrer. Pensez à des compétences qui dépassent l'entreprise : écouter, organiser, rassurer, bricoler, transmettre.
- Minuteur sur 3 minutes pour la deuxième colonne : valeurs, activités, façons d'être qui vous importent (la loyauté, la nature, la création…).
- Minuteur sur 2 minutes pour la troisième : notez au moins trois personnes qui vous apprécient indépendamment de votre travail.
- Prenez 2 minutes pour relire à voix haute, lentement, puis entourez un seul élément que vous pouvez nourrir cette semaine.
Certaines personnes trouvent qu'en refaisant cet exercice une fois par jour pendant une semaine, de nouveaux éléments apparaissent. Il ne s'agit pas de se convaincre, mais de remettre de la matière dans l'image de soi.
Autres pistes à explorer à votre rythme
- Garder une structure : se lever à heure régulière, prévoir une activité par jour, même modeste.
- Maintenir le lien : un café, un appel, une marche avec un proche peut contribuer à rompre l'isolement.
- Distinguer les faits des jugements : « mon poste a été supprimé » n'est pas « je suis incompétent ».
- Ne pas tout décider tout de suite : la question « que faire maintenant ? » peut attendre que la tempête se calme.
Ces pistes sont informatives et ne remplacent pas l'avis d'un professionnel. Si votre quotidien devient trop lourd, il est recommandé d'en parler à un professionnel de santé.
Quand consulter ?
Vous pouvez avoir envie de consulter bien avant que « tout n'aille mal ». Nous recevons des personnes qui se reconnaissent dans ces situations :
- Vous ne vous reconnaissez plus et ne savez plus comment vous présenter aux autres.
- Les pensées sur votre licenciement reviennent sans cesse, jusque dans votre sommeil.
- Vous évitez les rencontres, les repas de famille ou les questions sur votre situation.
- Vous avez le sentiment de n'avoir plus de valeur ou de ne plus savoir ce que vous voulez.
- Vous hésitez face à la suite : reprendre, changer de voie, faire une pause.
Au cabinet, à Anglet, nous vous accompagnons à votre rythme, sans jamais brusquer. Un accompagnement psychologique peut contribuer à mettre des mots sur ce qui se passe, à relire votre parcours avec un regard plus nuancé et à retrouver peu à peu un sentiment de solidité intérieure. Nous ne promettons pas de résultat, mais un espace pour avancer à votre manière.
Si vous traversez une détresse intense ou des pensées sombres, parlez-en rapidement à votre médecin ou contactez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et accessible 24h/24.


