
Émotions difficiles à nommer au travail : est-ce normal ?

Carmen Rodriguez Palomero
Psychologue du Travail · Anglet
Ressentir sans pouvoir nommer : ce que vous vivez
La réunion vient de se terminer. Quelque chose pèse sur votre poitrine, mais ce n'est pas tout à fait de la colère, ni vraiment de la tristesse. Vous rentrez avec cette sensation floue, sans pouvoir la raconter, même à vous-même.
Si cela vous parle, sachez que cette difficulté est courante. Elle ne dit rien de votre valeur, ni de votre capacité à bien faire votre travail. Beaucoup de personnes la rencontrent, souvent sans oser en parler.
Ce que certaines personnes décrivent
- Une tension dans le ventre, la gorge ou les épaules, sans cause évidente
- Quelques mots qui reviennent pour tout résumer : « stress », « fatigue », « bof »
- L'impression d'être à côté de ses émotions, comme derrière une vitre
- Plusieurs ressentis mélangés en même temps, impossibles à démêler
- Une prise de conscience tardive, le soir ou le week-end, de ce qui s'est passé
Pourquoi cela peut arriver
Il n'existe pas une explication unique, et les mécanismes varient d'une personne à l'autre. Voici néanmoins des éléments que nous observons souvent dans notre pratique :
- Un apprentissage limité : tout le monde n'a pas grandi dans un environnement où l'on mettait des mots sur ce que l'on ressent.
- Un cadre professionnel qui valorise la maîtrise de soi : « rester professionnel » peut amener à mettre ses émotions de côté, parfois par habitude.
- Un rythme soutenu : quand les journées s'enchaînent, il reste peu de place pour s'écouter.
- Des émotions mixtes : on peut ressentir de la fierté et de l'inquiétude dans la même minute.
Aucun de ces éléments ne constitue une explication certaine pour votre situation. Ils offrent simplement des pistes pour comprendre que ce que vous vivez n'a rien d'étrange.
Un exercice de 3 minutes pour mettre des mots
Nommer une émotion est une compétence qui peut s'entraîner. Certaines personnes trouvent qu'il est plus facile de commencer par le corps, parce que les sensations sont souvent plus concrètes que les mots.
L'exercice des cinq repères
Installez-vous dans un endroit au calme : votre voiture, un bureau fermé ou une pause dehors. Prévoyez environ trois minutes.
- Posez-vous (30 secondes). Pieds bien à plat, mains sur les cuisses. Inspirez par le nez pendant 4 secondes, expirez lentement par la bouche pendant 6 secondes. Répétez 5 fois.
- Parcourez votre corps (30 secondes). Du front jusqu'aux pieds, repérez l'endroit où la sensation est la plus présente.
- Décrivez la sensation sans interpréter (45 secondes). Est-elle chaude ou froide ? Serrée ou diffuse ? Elle bouge ou reste fixe ? Par exemple : « une boule serrée, au centre de la gorge ».
- Cherchez un mot proche (45 secondes). Demandez-vous : « Cela ressemble plus à de la peur, de la colère, de la tristesse, de la honte, de la joie ? » Si aucun mot ne convient, essayez : « C'est un peu comme... » et laissez venir une image.
- Écrivez une phrase (30 secondes). Par exemple : « Je ressens quelque chose de serré dans la gorge, quand je pense à cette échéance. »
Répétez une fois par jour pendant une semaine, sans chercher la bonne réponse. Le but n'est pas de trouver le mot juste, mais de vous habituer à regarder ce qui se passe en vous.
Un mot approximatif vaut mieux que pas de mot du tout. Il pourra être précisé, corrigé, enrichi plus tard.
Quelques précautions
- Si l'exercice fait monter une émotion trop intense ou désagréable, arrêtez-vous et portez votre attention sur ce que vous voyez et entendez autour de vous.
- Il ne remplace pas un accompagnement : c'est un petit appui, pas une solution.
- Ne vous jugez pas si rien ne vient. Cela arrive, et c'est une information en soi.
Quand consulter ?
Vous pouvez envisager d'en parler à un professionnel si vous vous reconnaissez dans plusieurs de ces situations :
- Vous ressentez régulièrement des émotions intenses au travail, sans réussir à les comprendre
- Vous avez le sentiment de ne pas pouvoir expliquer à vos proches ou à vos collègues ce qui se passe
- Ces ressentis s'accompagnent de troubles du sommeil, de tensions persistantes ou d'une fatigue durable
- Vous vous demandez sans cesse si ce que vous vivez est « normal »
- L'envie d'éviter certaines situations professionnelles grandit
Au cabinet, à Anglet, nous vous accueillons sans jugement et à votre rythme. Dans un accompagnement psychologique, l'échange peut contribuer à mettre des mots sur ce que vous ressentez, à repérer dans quelles situations de travail ces émotions apparaissent et à mieux comprendre ce qu'elles vous disent. Nous ne promettons pas de résultat précis : chaque parcours est singulier.
Si vous traversez une détresse intense, parlez-en sans attendre à votre médecin traitant. En cas de pensées suicidaires, vous pouvez contacter le 3114, joignable à toute heure.


